[Paroles d'experts] Louis Boisgibault
Retour sur la contribution de Louis Boisgibault, expert technique international (ETI) en transition énergétique, à la première édition du French Business Day, événement dédié au renforcement de l’attractivité économique du Kosovo et de la coopération franco-kosovare.
Basé à Pristina depuis août 2024, Louis Boisgibault intervient en tant qu’expert technique international (ETI), déployé par Expertise France.
Sa mission consiste à accompagner le ministère de l’Économie du Kosovo dans les réformes du secteur énergétique, en apportant une expertise stratégique en matière de planification, d’infrastructures énergétiques et de coopération régionale.
À l’occasion de la première édition du French Business Day, il a contribué à la préparation de l’événement, animé un panel consacré à la transition énergétique et facilité les échanges entre acteurs français et kosovars. Cette mobilisation a contribué à structurer un espace de rencontres entre partenaires institutionnels et économiques des deux pays et à renforcer la dynamique de coopération bilatérale.
Au Kosovo, l’expertise française au service des réformes énergétiques et des partenariats économiques
Pouvez-vous présenter votre mission d’expert technique international auprès du ministère de l’Économie du Kosovo ?
Ma mission d’expert technique international (ETI) consiste à conseiller la Ministre de l’Économie du Kosovo pour la transition énergétique. La Ministre vient d’être renouvelée à ce portefeuille, qui comprend la tutelle sur l’énergie, les mines et les entreprises publiques, dans le nouveau gouvernement Kurti III. Il s’agit d’aligner les politiques locales sur les standards européens, en suivant les recommandations de la Communauté de l’énergie. En 2026, le Kosovo vient de prendre la présidence de cette organisation créée par traité en 2005, avec un secrétariat basé à Vienne, en Autriche. Je travaille en équipe sur la planification stratégique, l’appui aux réformes, la conduite d’enchères internationales pour construire 1 200 MW de nouvelles capacités d’électricité verte à l’horizon 2031, la modernisation des centrales existantes. Je facilite aussi la coopération régionale, allant des interconnexions électriques au bon fonctionnement de la bourse d’électricité ALPEX, commune avec l’Albanie. Enfin, je mobilise des partenaires français et internationaux (Groupe AFD, entreprises françaises, KfW, BERD, Union européenne) pour financer et accompagner ces projets, qui représentent des investissements dans l’énergie d’un milliard et demi d’euros sur cinq ans.
Quel a été votre rôle dans l’organisation et le succès du « French Business Day » ?
J’ai intégré, avec ma nouvelle collègue ETI Sport, l’équipe d’organisation initialement composée de l’Ambassade de France et d’un partenaire local, EIC. Nous avons préparé l’événement, mobilisé des entreprises et des parties prenantes, et animé respectivement le panel sur la transition énergétique et un « side event » sur les Jeux Méditerranéens 2030.
Lors du forum, j’ai assuré la modération de mon panel, réunissant la Ministre, des représentants de l’AFD, de la KfW, de la BERD et de 2 entreprises françaises (Akuo Energy et 45.8 Energy). J’ai également contribué à faciliter les échanges entre acteurs français et kosovars, notamment à travers l’organisation de rencontres B2B et B2G en marge de l’événement. Le succès du French Business Day repose sur une mobilisation collective de l’équipe France. Il s’est traduit par une forte participation, réunissant plus de 300 participants et plus de 50 entreprises (notamment issues du MEDEF 95 Val-d’Oise et de délégations sectorielles), avec la présence du Premier ministre, de cinq ministres et de deux vice-ministres kosovars. L’événement a bénéficié d’une couverture médiatique positive, avec une retransmission en direct sur la télévision publique et sur Euronews, ainsi que de nombreuses retombées presse.
Quels ont été les principaux résultats de cette première édition ?
Cette édition a permis de lancer des projets concrets dans quatre secteurs : la finance avec le sponsor BNP Paribas, l’énergie avec Akuo Energy, les infrastructures avec les délégations ferroviaire, ville durable et mobilité douce, ainsi que le secteur des nouvelles technologies. Cette première édition a montré un savoir-faire français multisectoriel, y compris dans l’organisation de compétitions sportives internationales. Elle visait également à renforcer la confiance investisseurs dans la transparence des procédures et la stabilité institutionnelle du Kosovo. Enfin, l’événement crée une plateforme pérenne pour le dialogue économique franco-kosovar BtoB et BtoG. Les résultats sont en cours d’évaluation, car nous cherchons à identifier des livrables qui pourraient justifier la venue du ministre français délégué à l’Europe d’ici l’été 2026.
Quelles perspectives cette initiative ouvre-t-elle pour la coopération française dans les Balkans ?
Cette initiative ouvre la voie à une coopération régionale élargie, et contribue à renforcer l’attractivité du Kosovo en tant que hub pour des projets technologiques, moteurs d’une croissance annuelle de plus de 4% par an. Elle permet à la France de renforcer ses partenariats dans les Balkans, en alignement avec le Pacte Vert européen et les priorités de décarbonation, tout en créant des opportunités pour les entreprises françaises (Décathlon et Darty ouvrent à Pristina). Enfin, elle peut être un exemple inspirant pour organiser des événements similaires dans les cing pays avoisinants (Albanie, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie, Bosnie-Herzégovine) en mobilisant des acteurs institutionnels comme le Groupe AFD, Business France, les Chambres de Commerce, le Service économique régional, le MEDEF et les ministères français sectoriels. À terme, cela contribue à une intégration économique plus forte des Balkans occidentaux à l’UE, avec la France comme partenaire clé.