[Paroles d'experts] Francis Rousseaux
Dans ce témoignage, Francis Rousseaux revient sur sa mission d’ETI « Innovation numérique » en Inde, sa contribution à la préparation de l’India AI Impact Summit 2026 et les enjeux sur la coopération franco-indienne et internationale en matière d’IA.
Depuis octobre 2023, Francis Rousseaux est basé à Bangalore en tant qu’expert technique international (ETI) « Innovation numérique » auprès du think tank indien iSPIRT Foundation. Cette mission, déployée par Expertise France et financée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, s’inscrit dans la stratégie française de coopération numérique avec l’Inde. Dans ce cadre, Francis Rousseaux contribue au renforcement du dialogue franco-indien dans le domaine des infrastructures publiques numériques et de l’intelligence artificielle, en appuyant les coopérations académiques, institutionnelles et industrielles entre les deux pays. Sa mobilisation dans le cadre de l’India AI Impact Summit 2026 à New Delhi a contribué à l’organisation d’événements officiels et à la structuration des échanges franco-indiens et multilatéraux en amont du sommet.
En Inde, l’expertise française au service de la coopération numérique et de l’intelligence artificielle
Pouvez-vous nous présenter votre mission d’ETI et votre rôle dans la préparation de l’India AI Impact Summit 2026 ?
Professeur des universités en informatique, j’occupe depuis octobre 2023 les fonctions d’ETI « Innovation numérique » à Bangalore, en Inde, au bénéfice du think tank indien iSPIRT Foundation, qui développe une stratégie d’infrastructures publiques numériques (DPI en anglais) pour l’Inde depuis une quinzaine d’années, ainsi que des propositions innovantes pour une régulation techno-juridique de l’IA. L’approche intéresse de nombreux pays, dont la France, qui recherchent activement les moyens d’une meilleure autonomie stratégique dans le numérique.
Je m’organise de la façon suivante : 1° je participe aux activités exploratoires de mes collègues indiens, en recherchant notamment la meilleure interopérabilité avec les approches européennes ; 2° je contribue à des actions de coopération académiques et industrielles en IA, tout en soutenant sur ces sujets notre ambassade en Inde, notre ambassade thématique en France et le consulat de Bangalore ; 3° entre ces deux activités, je crée des workshops franco-indiens prospectifs sur des aspects porteurs de notre coopération bilatérale, qui structurent des écosystèmes de partenariats à moyen et, espérons-le, long terme.
J’ai préparé l’AI Impact Summit de février 2026 à New Delhi depuis l’AI Action Summit de février 2025 à Paris, 1° en organisant depuis iSPIRT des événements préparatoires officiels franco-indiens ou multilatéraux et 2° en soutenant nos ambassades et consulats dans la réalisation d’événements englobants, destinés notamment à accueillir une délégation française importante, emmenée en Inde par le Président de la République.
Quels étaient les principaux objectifs de cette édition 2026 ? Quels grands thèmes ont structuré les débats ?
L’idée majeure de l’édition 2026 a consisté, pour les pays participants, à rechercher les moyens coopératifs d’une autonomie stratégique accrue dans le domaine de l’IA, à la fois plus réaliste et plus productive qu’une ambition théorique de souveraineté isolée. Les thèmes structurants s’en sont trouvés plus ciblés que lors de l’édition précédente, comme par exemple la protection de l’enfance contre certains travers des algorithmes d’IA, ou encore le projet de partage de données de santé anonymisées entre l’Inde et la France pour des applications médicales plus efficaces.
Quels ont été, selon vous, les enjeux majeurs de cet évènement ?
Ce type de sommet international force la conjugaison du temps événementiel, strié par les annonces et les prises de conscience, avec le temps plus long des spécifications et des élaborations techniques, scientifiques et stratégiques. En IA, bien malin serait celui qui se risquerait à des prévisions à plus d’un an ! Mais, en la matière, l’avenir est davantage à permettre et à choisir qu’à prédire. D’où l’importance de ce type d’événement, qui connaîtra sans doute une édition en 2027, possiblement à Genève.
Comment qualifieriez-vous aujourd’hui le niveau de coopération internationale autour de l’IA ?
L’IA est un domaine qui tend malheureusement à s’arsenaliser, aucune organisation internationale n’est parvenue à regrouper en son sein l’ensemble des acteurs à des fins de régulation. Cette situation contraste avec le potentiel de l’IA, qui pourrait, dans une perspective de gouvernance internationale adaptée, contribuer à répondre à la constellation de problèmes pernicieux (ces fameux Wicked Problems) auxquels nos sociétés sont confrontées : comment éviter que l’IA ne devienne à son tour l’un de ces Wicked Problems ?
La coopération franco-indienne dans le domaine de l’IA illustre une tentative raisonnée de répondre à ce défi en traçant une voie équilibrée, suscitant un intérêt croissant auprès de nombreux pays, tels que l’Allemagne, le Japon, le Brésil et d’autres encore.